Réseaux sociaux et désinformation : le rôle de Facebook et WhatsApp dans la propagation de fausses nouvelles au Mali

Introduction
Facebook et WhatsApp sont aujourd’hui les deux réseaux sociaux les plus utilisés par les Maliens. Ils servent à discuter avec des amis, créer des communautés, chercher ou partager des informations. mais ce qu’il faut aussi savoir c’est que Facebook est le réseaux ou l’on trouve le plus de désinformation et les acteurs les plus actifs dans ce domaine se trouve sur X( il créent la désinformation à ce niveau et le relaye sur facebook).
Début 2025, on estime à environ 2,2 millions le nombre d’utilisateurs de Facebook au Mali selon Datarepotal .
Ces plateformes sont devenues des sources d’information majeures, même si les contenus qui y circulent ne sont pas toujours fiables ou vérifiés. Leur accessibilité et leur ouverture offrent un terrain particulièrement fertile à la désinformation.
Cette prolifération de contenus non vérifiés sur les réseaux sociaux a été précisément analysée par l’UNESCO dans son rapport sur la désinformation en Afrique de l’Ouest, qui met en lumière les types de fausses informations circulant au Mali et les facteurs qui favorisent leur diffusion.( Action Plan on Combatting Disinformation and Misinformation through Media and Information Literacy (MIL)
Mécanismes de propagation de la désinformation
La désinformation regroupe un ensemble de pratiques et de techniques visant à influencer l’opinion publique en diffusant volontairement des informations fausses, biaisées ou manipulées. Elle se distingue de la mésinformation, qui correspond à la diffusion involontaire d’une information fausse. La désinformation s’apparente aussi à la propagande, aux rumeurs, au complotisme ou encore aux infox.
En ligne, elle est conçue pour provoquer une réaction émotionnelle forte. Ces contenus sont généralement rédigés de manière très simple et s’appuient sur des situations sensibles qu’ils exploitent pour gagner en visibilité.
Formulées de manière percutante, émotionnelle et directe, ces fausses informations se propagent plus rapidement que les contenus nuancés, car elles attirent immédiatement l’attention et incitent au partage.
Les algorithmes des réseaux sociaux renforcent ce phénomène en mettant en avant les contenus qui suscitent le plus de réactions souvent les plus sensationnelles.
Nous y croyons d’autant plus facilement que ces informations nous parviennent de sources proches (amis, famille, groupes WhatsApp) en qui nous avons confiance, mais aussi parce qu’elles confirment nos croyances ou nos craintes existantes. Répétées à plusieurs reprises, elles finissent par paraître vraies, d’autant que peu d’utilisateurs prennent le temps de vérifier les faits avant de relayer l’information.
Types de fausses informations qui circulent au Mali
Dans le contexte actuel de transition politique, les fake news les plus fréquentes au Mali concernent la sécurité : attaques, enlèvements, rumeurs sur l’armée, etc.
- Par exemple: un article fact-checké par Benbere a montré qu’une vidéo largement partagée présentée comme une preuve de la junte militaire française ravitaillant des terroristes au Mali était en réalité une ancienne séquence tournée à Oman lors d’une opération de sauvetage.
Facteurs socioculturels qui favorisent la propagation
L’un des plus grands défis auxquels le Mali fait face dans la gestion de la désinformation est la faible culture du fact-checking ; nous ne sommes pas suffisamment préparés pour y faire face. Les individus se réfèrent davantage aux biais de confirmation, souvent liés à leur vécu quotidien, et le traitement de l’information n’est pas assez approfondi. Ils ne croient qu’à ce qu’ils veulent croire et à ce qui les arrange.
il est courant de se fier à la parole de ses proches : « Si mon ami l’a partagé, c’est que c’est vrai ». Ce réflexe renforce la crédibilité des infox et accélère leur diffusion, particulièrement dans des sociétés où la confiance interpersonnelle prime souvent sur les vérifications factuelles.il y’a également l’influence des leaders communautaires (imams, notables, figures traditionnelles) dont la parole est très écoutée. Leurs messages, même faux, sont souvent crus et se propagent rapidement dans les communautés rurales. La désinformation s’appuie aussi sur ses dynamiques sociales, ce qui la rend encore plus difficile à combattre.
La méfiance envers les médias officiels et les institutions s’est accentuée avec la crise que traverse le pays, notamment sur le plan informationnel. L’univers médiatique est aujourd’hui saturé d’informations provenant de médias externes, ce qui rend les médias nationaux moins crédibles aux yeux des citoyens. Faute de formations adéquates, il leur est également difficile de faire le poids face à ces informations, souvent construites pour toucher les populations par l’émotion. Il devient alors encore plus complexe de contrer une fausse information, surtout lorsqu’elle touche à la sensibilité des personnes.
Conséquence
Après avoir parlé de facteurs favorisant la propagation de la désinformation, il est important d’examiner ses impacts concrets sur la société et les individus.
La désinformation entraîne des conséquences significatives à plusieurs niveaux.
- Sur le plan politique, elle affaiblit la confiance envers les institutions et peut influencer l’opinion publique, y compris lors des processus électoraux, tout en alimentant les tensions sociales.
- Au niveau communautaire, elle favorise la division et la polarisation, notamment lorsque des leaders locaux relayent des informations erronées.
- Sur le plan économique, la circulation de fausses informations peut déstabiliser les marchés, nuire aux entreprises et freiner les investissements.
- Dans le domaine de la santé, les rumeurs concernant les vaccins ou les traitements compromettent les campagnes sanitaires et retardent les interventions médicales.
- Et sur le plan individuel, elle engendre stress, anxiété et perte de confiance dans les sources fiables, affectant les décisions personnelles.
Solutions et recommandations
Il existe notamment des organisations qui mènent plusieurs actions concrètes et identifiées contribuent déjà à freiner la propagation des fausses informations.
Par exemple:
- La Fondation Tuwindi a lancé « La Grande Rédaction », un espace collaboratif réunissant dix organes de médias pour travailler sur le thème de la désinformation en période électorale (maliweb).
- Search for Common Ground mène le projet « Renforcer la résilience communautaire contre la désinformation dans les régions du Nord et du Centre du Mali » (aussi appelé Tabalé Kunkan), en partenariat avec le Centre National d’Alerte Précoce (CNAP) (ConnexUs).
- Dans le cadre de ce même effort, le projet Fokaben (Trouvons une solution) mobilise des jeunes influenceurs pour lutter contre les fausses informations et les discours de haine, couvrant plusieurs régions du pays. (maliweb)
Même si plusieurs initiatives sont déjà en place, il reste encore beaucoup à faire pour endiguer durablement la désinformation au Mali. D’abord, il est essentiel de
- régulariser l’espace numérique national à travers une législation claire et adaptée aux réalités du pays. Une telle régulation devrait définir les responsabilités des utilisateurs, des plateformes et des institutions publiques face à la diffusion d’informations fausses ou manipulées.
- mettre en place des systèmes nationaux de veille et de filtrage capables d’identifier, signaler et limiter la propagation des fausses informations, notamment en période électorale ou de crise sécuritaire. Ces mécanismes pourraient être gérés conjointement par l’Autorité malienne de régulation des communications (AMRTP), les médias et des organisations de la société civile spécialisées.
- instaurer des mécanismes de blocage ou de suspension temporaire des comptes responsables de la diffusion répétée de fausses informations, tout en garantissant le respect des droits fondamentaux et de la liberté d’expression.
- renforcer l’éducation aux médias et à l’information dès le secondaire, afin d’aider les jeunes à mieux distinguer le vrai du faux. Des programmes communautaires pourraient être développés en langues locales pour toucher les populations rurales, souvent les plus exposées à la désinformation.
Conclusion
Facebook et WhatsApp sont devenus des canaux incontournables de l’information au Mali, mais leur fonctionnement favorise aussi une circulation rapide et massive de contenus non vérifiés. Alimentée par l’émotion, la confiance accordée aux proches et la méfiance envers les médias et institutions, la désinformation s’enracine profondément dans les usages numériques et les dynamiques sociales. Ses effets dépassent le cadre individuel et fragilisent la cohésion sociale, la gouvernance, l’économie et même la santé publique.
Face à cette réalité, la lutte contre la désinformation doit être collective et durable. Elle exige à la fois une régulation adaptée de l’espace numérique, un renforcement des mécanismes de veille, le soutien aux initiatives locales existantes et, surtout, un investissement fort dans l’éducation aux médias et à l’information. Donner aux citoyens, en particulier aux jeunes, les moyens de vérifier, d’analyser et de questionner l’information, c’est poser les bases d’une société plus résiliente, mieux informée et capable de faire face aux défis du numérique.




